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De l’apport potentiel de l’Université et des autres centres de recherche luxembourgeois pour la politique éducative

Questionnement initial

  • Dans quelle mesure la recherche publique peut-elle contribuer aux missions des différents ministères et administrations ?
  • Quelles sont les activités de recherche utiles pour contribuer à répondre aux enjeux et défis des autres politiques du Gouvernement à horizon 2017 ?
  • Quels sont les besoins et attentes concrets et spécifiques des différents ministères et administrations vis avis des établissements de recherche publics pour la période 2014-2017  ?
  • Quelles sont les éléments essentiels ayant trait aux) (contrats de performance Qui pourront contribuer à la mise en couvre de partenariats soutenus entre, d’une part, les différents ministères et administrations, et, d’autre part, les établissements de recherche publics ?

Apports possibles

En termes d’attentes du Ministère de l’Éducation nationale par rapport aux institutions scientifiques du Luxembourg, il convient de noter deux apports majeurs que ceux-ci peuvent apporter aux processus décisionnels et organisationnels du ministère. Un premier apport se situe en amont de certaines résolutions où le scientifique assiste de par son expérience  les organes ministériels dans la prise de décision, le second apport se situe en cours du processus du changement dans les domaines de la pédagogie et de la didactique.

a)   Aide à la prise de décision politique

Depuis l’évaluation internationale PISA, il est clair que les projets de développement et de réforme éducatifs peuvent être considérablement améliorés s’ils sont pilotés à partir de données empiriques et ne reposent pas uniquement sur ​​des théories pédagogiques, des traditions à conserver ou à modifier, des observations individuelles ou de l’intuition. Les récents projets de réforme scolaire mis en place ont fait émerger de la part des décideurs politiques la nécessité de procédures scientifiques qui reposent sur l’analyse approfondie de données contextuelles.

Pour le politique, il s’agit de pouvoir s’appuyer dans son argumentaire sur des résultats et indicateurs pertinents se fondant sur des données authentiques. Pour le scientifique il s’agit d’éclairer l’action publique par une vision à long terme, ce qui comprend la vision prospective à partir de l’analyse de données chiffrées envisagées sur une longue période couplée à une élaboration de scénario d’intervention possibles.

L’aide à la prise de décision politique devrait proposer des modèles conceptuels pour analyser des situations complexes et permettre aux décideurs de faire les choix les plus efficaces grâce à des outils et des méthodes modernes d’aide à la décision. Parmi éléments-clé d’une telle démarche, l’institution universitaire devrait être en mesure de proposer les ressources et les compétences nécessaires pour

  • une analyse des besoins par l’intermédiaire d’une exploration complète des données disponibles pour
    • déterminer les enjeux, les objectifs et les fonctions techniques attendues
    • identifier les compétences requises
    • mobiliser un réseau d’acteurs et d’intervenants potentiels,
  • une élaboration d’un modèle d’intervention répondant à la demande initiale et permettant un suivi du déroulement de ‘intervention par
    • l’anticipation des changements,
    • la prise de décisions opportunes
    • l’ajustement du plan d’action initiale en regard à l’évolution du contexte,
  • la mise en place d’une plate-forme de gestion de projet entre scientifiques et responsables politiques en vue
  • l’organisation de la communication publique du déroulement et des résultats du projet par

b)  Accompagnement pédagogique et didactique de la mise en œuvre de la politique éducative

L’apport des scientifiques ne devrait pas se résumer aux volets anticipation des défis futurs et préparation au changement, il devrait aussi se spécialiser sur la proposition de mesures d’accompagnement dans les domaines de la pédagogie et de la didactique, mesures adaptées à la situation spécifique du Luxembourg. En tant qu’apports possibles il convient de noter les prestations éventuelles suivantes

  • préparation de la mise en œuvre par des études prospectives d’intervention (intervention-studies ou action research studies)
  • adaptation de solutions ayant fait leurs preuves au contexte luxembourgeois
  • participation à la formation initiale et continue des enseignants

Conscients qu’au vue de la liberté académique et scientifique des universités, les besoins et attentes  des différents ministères et administrations ne peuvent pas imposer l’intégralité des sujets de recherche aux institutions universitaires, il est évident que, pour être efficace, l’apport des institutions universitaires devrait se focaliser sur certains thèmes récurrents de la politique éducative, thèmes qui prennent en compte la spécificité du système éducatif luxembourgeois.

a)   Le multilinguisme

L’option du trilinguisme adoptée par la société luxembourgeoise correspond  à une prise en compte à la fois des intérêts économiques du pays et de ses habitants et de la réalité des langues parlées au Grand-Duché. Cette approche, pour rester productive, doit cependant ne pas se figer à partir des constats effectués dans les décennies passées mais continuer à s’adapter aux évolutions rapides au Luxembourg et en Europe.

Les besoins de compétences linguistiques pour la mobilité individuelle et pour les échanges  économiques se sont très largement diversifiés et des connaissances d’autres langues que les trois langues officielles représentent des atouts indéniables pour le pays. De plus, les évolutions démographiques intervenues depuis plusieurs décennies au Luxembourg ont profondément modifié la situation.

Les questionnements actuels concernant la politique linguistique éducative sont motivés par les changements intervenus dans la composition même de la société, avec leurs conséquences sociolinguistiques. Ces modifications appellent des réponses nouvelles qui soient à la hauteur des enjeux de la politique linguistique éducative : intégration et cohésion sociales, réussite scolaire de tous les jeunes Luxembourgeois et insertion professionnelle. Elles sont également une chance nouvelle pour affirmer la place et le rôle du Grand Duché dans son environnement économique.

b)  La conciliation entre équité et efficience

Une école juste et  donc équitable, doit être toujours adapté à son époque ou à son lieu, par conséquent la notion d’équité doit aussi prendre en compte la situation spécifique du Luxembourg. Si l’on ne raisonnait qu’en termes d’égalité des chances, il suffirait d’assurer à tout un chacun des droits égaux pour l’accès à l’éducation, mais cela n’est pas suffisant. Il faut passer au concept de l’équité en termes de résultats, donc tenir compte de  l’élève lui-même dans la détermination des moyens qui doivent être attribués à chacun en fonction des besoins différents pour atteindre un même objectif, ce qui implique par exemple de donner plus de moyens aux écoles qui scolarisent des élèves défavorisés.

Avec tous les moyens mis en œuvre par les gouvernements successifs, force est de constater que l’École luxembourgeoise ne réussit pas toujours à conjurer l’hérédité culturelle et sociale, malgré une mobilité relative, rendue nécessaire par le système économique, mais très variable d’un pays à l’autre. Tous les trois ans l’étude PISA démontre par ses chiffres que les chances des enfants d’origine défavorisée de réussir dans les filières les plus efficaces du système scolaire restent très inégales, malgré de nombreux efforts politiques.

Mais au-delà de l’idéal d’équité scolaire, il est légitime de s’interroger sur la capacité de l’École à répondre au contrat social, aux attentes de la société et de s’interroger sur l’utilisation qui est faite  des moyens disponibles, non dans l’intention de les amoindrir, mais dans le souci de les répartir et de les investir au mieux. Notre système éducatif (les statistiques de l’OCDE ne manquent pas de le nous rapper régulièrement) est un des plus coûteux au monde et constitue une grande dépense pour le budget national. Dans un monde où les crises économiques se suivent et se ressemblent, il devient de plus en plus difficile de convaincre les responsables politiques que l’éducation est un investissement pour la compétitivité de l’économie, la cohésion sociale et la sauvegarde de nos valeurs. La cohésion sociale n’a d’ailleurs pas qu’une valeur en soi : elle est en effet source de paix sociale, élément premier de tout développement économique solide.

Au moment où il s’agit de répartir les ressources financières afin de les utiliser judicieusement, il est important pour les responsables politiques de disposer d’outils performants et de méthodes adaptées qui permettent de faire les bons choix et de contrôler l’effet des mesures mises en œuvre.  L’Université et les centres de recherche peuvent contribuer à développer les instruments et les mécanismes nécessaires pour la mise en œuvre d’une politique éducative efficiente et équitable.

c)   La recherche pédagogique et la professionnalisation des enseignants

La recherche pédagogique a avancé à pas de géant  au cours du siècle dernier : les didactiques des disciplines scolaires ont progressé et les connaissances en neurologie arrivent à un stade de maturité tel qu’il est possible de transposer dans la formation des enseignants certains travaux scientifiques sur le fonctionnement de la mémoire, de l’apprentissage et les différents types d’intelligence.

Encore faut-il transvaser les connaissances théoriques et expérimentales issues de la recherche scientifique dans les pratiques pédagogiques quotidiennes. Pour cela il convient de montrer par la pratique qu’il y a des méthodes et des démarches qui permettent de mieux organiser l’enseignement en prenant en compte la diversité croissante des élèves. Des études d’intervention prospectives couplées à des  analyses d’efficacité se basant sur des chiffres vérifiables permettront de communiquer les nouvelles approches auprès de la population enseignante.

Cependant il n’existe pas de solution-miracle unique pour tous les problèmes scolaires. En effet face à la diversité des élèves, l’école ou l’enseignant doit avoir la possibilité et la liberté de e s’organiser, d’organiser l’enseignement et l’apprentissage en fonction des besoins de leur communauté d’élèves. Pour cela, l’enseignant doit être armé pour affronter ces situations diverses. Ceci se fera certainement au cours de sa formation professionnelle initiale et continue et lors de l’’accompagnement lors de projets dans le cadre des plans de réussite scolaire des établissements. Dans les deux cas de figure, formation et accompagnement, les institutions universitaires sont appelées à collaborer pour faire profiter les acteurs institutionnels de leurs compétences en la matière.